Discussion entre Anne Creissels, Eric Fassin et Kahena Sanaâ

C’est autour d’un lexique de termes communs au monde de l’art, à la sociologie et à l’actualité que le Master Critique-Essais. Écritures de l’art contemporain de l’Université de Strasbourg a réuni les artistes et enseignantes-chercheures Anne Creissels et Kahena Sanaâ, ainsi que le sociologue Eric Fassin. Tout en donnant des clés de compréhension à des mots qui ne possèdent pas toujours de définition dans le dictionnaire, la restitution vidéo de cet échange interdisciplinaire permet de mettre en évidence les différents rapports et utilisations de ces termes selon un point de vue théorique et artistique.
En effet, certains événements ont permis de médiatiser des phénomènes et, du même coup, des notions dont l’usage était, jusqu’à présent, restreint au domaine académique. Quels sont alors les nouveaux rapports que notre société entretient avec ces termes ? Tout un chacun n’a pas les outils pour penser les rapports de domination et les violences qui leurs sont inhérentes. Les intervenant·e·s s’attachent donc à recontextualiser ces notions au prisme de l’actualité politique, sociétale et culturelle, dans l’optique de produire un débat.

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La discussion


Les échos du silence: Discussion entre Anne Creissels, Eric Fassin et Kahena Sanaâ from Master CRE on Vimeo.

Les intervenant·e·s

Anne Creissels, est enseignante-chercheure en arts plastiques à l’Université de Lille et est également artiste dans le champ de la performance. Ses recherches, entre pratique artistique et théorie de l’art, se déploient, entre autre, autour de la survivance des mythes dans l'art contemporain, des représentations et constructions identitaires en jeu dans l'art, du geste dansé dans sa dimension performative et son lien aux arts visuels, ainsi que la mémoire inconsciente des images.

Eric Fassin est professeur de sociologie à l’Université Paris VIII, spécialiste du genre et des masculinités. Chargé de cours à l'Institut d'études du genre de l'Université de Genève, il est l'introducteur en France de la pensée de Judith Butler. Éric Fassin travaille sur les rapports de domination dans une perspective intersectionnelle. Il s’attache, dès lors, à placer le vécu des oppressions au fondement de l'analyse.

Kahena Sanaâ, est artiste et enseignante-chercheure en arts, pratique et théorie au département des Arts visuels de l’Université de Strasbourg. Sa pratique artistique porte sur les déplacements et les mises en scène du corps en milieu urbain à l’épreuve de la production d’images, au croisement de la poïétique, de l’esthétique, de l’anthropologie urbaine et de la phénoménologie. Sa démarche artistique alterne la performance, la vidéo et l'installation. Elle s’intéresse aux questions liées à l’art de la performance, au corps étranger entre vécu et représentation et aux arts visuels en Tunisie.

Références citées dans la discussion

Références artistiques :

Mona Hatoum (née en 1952 à Beyrouth) est une artiste contemporaine dont les œuvres multidisciplinaires abordent des questions politiques relatives, entre autres, à la notion de genre et du corps humain.
Galerie de l’artiste

Ana Mendieta (née en 1948 à la Havane et décédée en 1985 à New York) est une artiste performeuse, sculptrice et peintre usant de la photographie et de la vidéo. A la croisée de son pays natal, Cuba, et de son exil aux Etat-Unis, ses œuvres portent sur la place du corps situé aux frontières : frontière du genre (féminin et masculin) et des territoires (Cuba et Etat-Unis). Ses œuvres politiques sont marquées par une forte dimension spirituelle.
Galerie de l’artiste

Les Guerilla Girls (groupe fondé par Kathe Kollwitz et Frida Kahlo à New York en 1985) sont nées en réaction à la sous-représentation et à l’invisibilisation des femmes dans les musées. Elles pratiquent l’art de l’affiche et de la performance et sont connues pour avoir diffusé des affiches afin de promouvoir la place des femmes et des personnes racisées dans les arts.
Site officiel

Le laboratoire de la Contre-Performance est un collectif d’artistes et chercheur·e·s fondé en 2014, qui interroge les fondements, les artifices, les rituels, les mythes et le quotidien du geste artistique. Le Laboratoire de la contre-performance tend à investir des formats hybrides de transmission du savoir tels que la conférence-performance. Montages d’images et jeux sur la matérialité de la voix, en affectant la réception des contenus, tissent alors des fictions politiques.

Performance Contre-archive

Performance Cabaret conceptuel

Podcast :
Kahena Sanaâ, Paroles d’éxilé-es

Film :
Amandine Gay (réalisatrice), Ouvrir La Voix, Bras de Fer, 2017, 2h 09min.
Ouvrir La Voix est un documentaire sur les femmes noires issues de l'histoire coloniale européenne en Afrique et aux Antilles. Le film est centré sur l'expérience de la différence en tant que femme noire et des clichés spécifiques liés à ces deux dimensions indissociables de l’identité de "femme" et de "noire". Le film soulève notamment la question des intersections de discriminations, d'art, de la pluralité des parcours de vie et de la nécessité de se réapproprier la narration.

Désobéir / Réagir : Mises en scène de soi et de l’espace comme moyens de résistance(s)

L’exposition L’esprit souterrain, organisée en 2018 à Reims, propose de vivre l’expérience de la violence à travers un parcours investissant les caves labyrinthiques du domaine de Champagne Pommery. Les spécificités du lieu et sa propension à activer l’imagination du spectateur contribuent à la construction dramaturgique de l’univers cruel et angoissant de l’exposition. En s’appuyant sur la notion d’opérativité symbolique définie par Jean Davallon, Eléonore Vann-Kéo analyse dans son article des scènes de violences physique et urbaine.

Le récit de la bouche scellée par l’aiguille

L’artiste russe Piotr Pavlenski affirme que ses actions performatives sortent le peuple russe de son « apathie citoyenne. » Par l’usage d’actes d’automutilation issus de l’histoire de la performance, l'actionniste se met en scène au cœur de lieux symboliques du patrimoine soviétique pour dénoncer le régime politique actuel. Ces rituels théâtraux témoignent d’oppressions sociétales et de rapports de force, rejoués symboliquement sur le corps de l’artiste. En se focalisant plus particulièrement sur le motif de la bouche cousue (action intitulée Suture, réalisée en 2012), cet article cherche à décrypter le modèle et les impacts, avérés ou non, de cette forme de spectacle.

Inciter / Susciter / Combiner : Stratégies de dominations par la sélection des œuvres et des images

Célia Turmes tente de dévoiler les pouvoirs de sélection des médias, notamment occidentaux, qui décident de l’imagerie diffusée sur les écrans. L’hégémonie des grands groupes de presse, papier ou télévisuels, influence, voire manipule, notre perception du monde. « Comment en sommes-nous arrivés là ? », s’interroge l’artiste Omer Fast dans sa vidéo CNN Concatenated (2002). En prenant cette œuvre comme point de départ, Célia Turmes cherche à remettre en question les stratégies de sélection, de recadrage et de montage utilisées par les médias afin de construire un réel artificiel.

« Les œuvres de Teresa Margolles examinent les causes et les conséquences sociales de la violence. Pour elle, la morgue reflète fidèlement la société, en particulier celle de son pays d’origine où les décès causés par les crimes liés à la drogue, la pauvreté, la crise politique et la réponse inepte du gouvernement ont dévasté les communautés. Teresa Margolles a développé un langage unique et discret afin de parler au nom de ces sujets réduits au silence, les victimes étant considérées comme des “dommages collatéraux” du conflit. »

Panser / Repenser : La création comme point de suture

Les tirailleurs sénégalais face aux Guerres mondiales dans l’œuvre de Kader Attia

Les résidus sourds de la violence coloniale se dissolvent dans l’imposante mémoire des Guerres Mondiales. Les tirailleurs sénégalais et leurs descendant·e·s réclament justice et reconnaissance pour avoir servi la France dans ses heures les plus sombres. Un besoin manifeste de réparation mémorielle se fait ressentir face à l’invisibilisation historique encouragée par l’État français. D’où vient le refus de débattre de ces crimes de l’histoire ? L’artiste Kader Attia rend visibles les traumatismes tant physiques que psychiques de ces populations dans plusieurs de ses œuvres. Cet article analyse les procédés de réparation historiques et mémoriels mis en place par le plasticien : par une approche critique des récits officiels, Kader Attia dresse un discours nouveau empreint de rapprochements historiques et spatiaux.

La matrice du langage face au langage poético-politique de Myriam Mihindou

L’artiste franco-gabonaise Myriam Mihindou invite le spectateur à se réapproprier la langue française dans sa série De la langue secouée. En partant du postulat que le langage est un outil d’oppression et de domination qui s’attaque aux corps autant qu’aux psychés, l’artiste démantèle l’étymologie des mots pour en laisser voir la mémoire. Son analyse étymologique du langage s’accompagne d’une analyse de la structure même des mots visant à déconstruire les considérations racistes et sexistes. Comme les pionnières de la Négritude avant elle, la plasticienne rend compte des états d’aliénation des corps blessés par le français : c’est par cette même langue que l’artiste entreprend un mouvement politique de décolonisation du langage.

Victoria Ferracioli interroge les liens qui s’opèrent entre la libération des corps et la nature dans les années 1970 et aujourd’hui à travers la végétalisation du sexe féminin dans les représentations contemporaines. En étudiant les œuvres de l’artiste écoféministe Camille Juthier, il est possible de dessiner les contours d’une lutte commune entre genre, sexualité et écologie, mettant en exergue des devenirs humains et de nouveaux agencements avec le règne végétal. Cet article propose un examen de l’emploi actuel de l’hybridation entre humain et non-humain dans l’art et l’écologie comme ciment des subjectivités individuelle, collective et environnementale.

Entretiens / Discussion

Entretien avec Jean-Baptiste Del Amo

L’écrivain Jean-Baptiste Del Amo aborde les différents rapports de domination qui se jouent entre l’homme et l’animal. Son approche littéraire et militante de la cause animale nous permet d’élargir la réflexion que nous portons sur les rapports de domination anthropocentrés vers des rapports de domination de l’Homme sur la nature. En interrogeant les frontières entre l’humanité et l’animalité, cet entretien met en valeur les enjeux écologiques et éthiques actuels que l’auteur déploie dans ses écrits.

C’est autour d’un lexique de termes communs au monde de l’art, à la sociologie et à l’actualité que le Master Critique-Essais. Écritures de l’art contemporain de l’Université de Strasbourg a réuni les artistes et enseignantes-chercheures Anne Creissels et Kahena Sanaâ, ainsi que le sociologue Eric Fassin. Tout en donnant des clés de compréhension à des mots qui ne possèdent pas toujours de définition dans le dictionnaire, la restitution vidéo de cet échange interdisciplinaire permet de mettre en évidence les différents rapports et utilisations de ces termes selon un point de vue théorique et artistique.
En effet, certains événements ont permis de médiatiser des phénomènes et, du même coup, des notions dont l’usage était, jusqu’à présent, restreint au domaine académique. Quels sont alors les nouveaux rapports que notre société entretient avec ces termes ? Tout un chacun n’a pas les outils pour penser les rapports de domination et les violences qui leurs sont inhérentes. Les intervenant·e·s s’attachent donc à recontextualiser ces notions au prisme de l’actualité politique, sociétale et culturelle, dans l’optique de produire un débat.

Podcasts: Paroles de confiné·e·s

Dans le but de proposer un espace de parole et d’échange autour de l’ébranlement de notre quotidien causé par la pandémie du Covid-19, nous avons imaginé une série de podcasts accompagnant le lancement de RadaR #5. Se focalisant à la fois sur les spécificités des différents emplois des personnes interviewées et sur les thématiques de la contagion, des rapports de domination et de violence engendrés ou accentués par la crise sanitaire, ces témoignages anonymes, visent à donner de la place aux récits individuels qui mettent à jour la blessure collective infligée par l’épidémie.
Le jingle a été conçu par Vivien Knuchel et Killy Le Kid.