Le suédage : la création sans distinction

En 2008, le cinéaste français Michel Gondry proposait avec son cinquième long-métrage un nouveau concept intitulé « suédage ». Ce néologisme caractérise un style qui s'apparente à celui des vidéastes amateurs des années 1990, consistant à rejouer des séquences cinématographiques d'une manière volontairement grotesque. Cet article s’attache à la façon dont le travail de Michel Gondry remet en question les hiérarchies entre amateur et professionnel afin de faire entendre d'autres voix que celles majoritairement entendues, et de mettre au jour les vertus sociale et communautaire de la pratique de la vidéo amateur.

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En 2000 les VHS (Video Home Movie) disparaissaient au profit du DVD et en 2016 le dernier fabriquant de magnétoscope arrêtait définitivement sa production. Tandis que la bande magnétique devenait obsolète, Michel Gondry la mettait à l'honneur en 2008, dans son cinquième long-métrage au titre évocateur : Soyez sympa, Rembobinez ! ou Be Kind Rewind ! en version originale. Cette directive figurait en effet sur toutes les cassettes des vidéo-club aux États-Unis. L'histoire du film se déroule en 2004 à Passaic, une ville du New Jersey (Etats-Unis). Mike (Mos Def) est employé à Be Kind Rewind, un vidéo-club tenu par Elroy Fletcher (Danny Glover). Ce dernier lui confie sa boutique au bord de la faillite durant quelques jours afin d'étudier les méthodes de la concurrence. Mais, suite à un incident, Jerry (Jack Black) un ami de Mike, démagnétise toutes les VHS du vidéo-club. Pour éviter sa fermeture définitive, ils décident alors de refaire à leur manière les films demandés par les clients. Ils réalisent alors des œuvres « suédées » parmi lesquelles Ghostbusters, Rush hour 2, Robocop, 2001 l'Odyssée de l'espace, Carrie ou encore Le Roi Lion. Le terme « to swed » est une boutade faite par l'un des personnages : le caractère étrange des films suédés, leur prix plus élevé et l'attente pour les recevoir en boutique viendraient du fait qu'ils proviennent directement de Suède. C'est à dire du bout du monde, vu des États-Unis.

Le suédage est donc un néologisme inventé par Michel Gondry, caractérisant des réalisations volontairement grotesques, conçues avec très peu de moyens en reprenant des séquences cinématographiques. Le cinéaste dispose d'une grande culture audiovisuelle : il a réalisé des vidéoclips, des documentaires, des publicités mais aussi des films issus de l'industrie hollywoodienne. Cette culture lui permet de combiner des outils professionnels et des outils amateurs et de créer ainsi des œuvres cinématographiques surprenantes et innovantes. Il s'inspire, pour le suédage, de la manière de faire des cinéastes amateurs, des films faits à la maison que l'on nomme plus communément « Home movies ». Dans Soyez sympa, Rembobinez ! Michel Gondry parle de ces « cinéastes du dimanche » et leur confère une place centrale en les invitant notamment à renouer avec cette pratique en train de disparaître. Le terme « amateur » peut varier de sens selon les discours. Il peut correspondre autant à un passionné (amateur d'art) qu'au dilettante (faire quelque chose en amateur). Plus généralement, l'amateur serait l'antonyme du professionnel puisqu'il ne vit pas de sa pratique. L'un et l'autre s'opposent par leurs statuts, celui d'avoir acquis un savoir, d'avoir reçu une formation dans un domaine et la capacité de maîtriser des outils. Au cinéma par exemple, l'utilisation du 35 mm a longtemps été considérée comme plus professionnelle que la vidéo. Évidemment ces déterminations semblent bien fragiles à l'heure actuelle, compte tenu de la démocratisation de certains outils. Mais Michel Gondry remet justement en question ces hiérarchies afin de faire entendre d'autres voix que celles majoritairement entendues. Il désire bousculer les frontières entre amateur et professionnel et cela en s'emparant des pratiques populaires.

La vidéo : une pratique amateur ?

Dans Soyez sympa, Rembobinez ! Les personnages enregistrent leurs films suédés à l'aide d'un caméscope sur les VHS qui ont été démagnétisées. Pour les réaliser le plus rapidement possible ils ne font qu'une prise et enchaînent les actions de manière chronologique afin d'éviter le montage. Cette pratique s'appelle le tourné-monté et était très en vogue dans les Home movies des années 1990. En effet les cinéastes amateurs pouvaient par ce moyen contourner un montage fastidieux, économiser des bandes par une prise unique et gagner un temps précieux, puisque ces films se réalisaient sur leur temps libre. Dans la fiction de Michel Gondry, afin d'économiser du temps et de l'argent, les personnages reproduisent la musique avec leur bouche ou encore refont les effets spéciaux des faisceaux lumineux de Ghostbusters avec des guirlandes de Noël. La rapidité et le manque de moyens demandent aux personnages une grande inventivité. Ici encore Michel Gondry prend appui sur les Home movies dans lesquels les décors, les costumes, les accessoires étaient fabriqués avec des pots de yaourts, des boîtes de céréales ou encore des couvercles de poubelles recouverts d’aluminium. L’adage Do It Yourself (« faites le vous même ») venu de la culture punk des années 1970 fait sens dans ce type de production et souligne la capacité de chacun à devenir un acteur culturel. Autre caractéristique présente dans les films suédés de Soyez sympa, Rembobinez ! c'est le jeu des acteurs. Tandis qu'un personnage effectue les bruitages tout en tenant la caméra d'une main et de l'autre un accessoire, le second personnage devient acteur. La justesse de son jeu passe alors au deuxième plan, puisqu'il doit actionner en même temps des effets de lumière ou un décor. Le suédage reprend les moyens de fabrication propres aux cinéastes amateurs des années 1990, en les codifiant. A travers son film, Michel Gondry extrait les caractéristiques du Home movie en les exacerbant pour en créer un style particulier. Le spectateur de Soyez sympa, Rembobinez ! prend alors conscience de ces particularités contrairement aux cinéastes amateurs, comme les personnages du film, qui ne prenaient pas de recul sur leur propre pratique.
Le choix de Michel Gondry de placer l'action du film en 2004 n'est pas anodin. A cette période en effet le DVD avait déjà supplanté la VHS, qui allait à son tour être concurrencée par l'apparition du streaming. Si Youtube et Dailymotion, les deux sites de partage de vidéos créés en 2005, n’existent pas encore au moment où l’action se déroule, ils sont toutefois présents à l’esprit du spectateur à la sortie du film. À cette période et avec l'arrivée du numérique les réalisations amateurs se sont multipliées. L’accès à des logiciels de montage, à des outils simples d'utilisation et la possibilité d'une diffusion à grande échelle avec internet ont radicalement transformé la pratique amateur. Youtubeur est dorénavant une profession. Ces nouveaux vidéastes étaient initialement, pour la plupart, des adolescents s'essayant à la réalisation de films dans leur chambre. Ils ont désormais acquis de véritables connaissances dans l'audiovisuel et la vidéo de « haute définition » s'est banalisée. Le temps libre est devenu du temps plein, la sphère privée est dorénavant publique et l'amateur est un professionnel. Ce qui faisait la particularité du Home movie était donc déjà en train de disparaître en 2008, la fabrication artisanale, l'erreur et l'accident laissant place à une maîtrise totale des images. Avec le suédage Michel Gondry met en avant une certaine liberté de création qui se veut sans contrainte, il invite les amateurs à renouer avec le plaisir que pouvait procurer la réalisation des Home movies. L'utilisation des nouveaux outils n'est pas à proscrire, au contraire même, mais il est important de pouvoir se laisser à nouveau surprendre par les images. Pour cela il semble nécessaire de rester en dehors des normes établies par les institutions.

Le suédage : une manière d'apprentissage

En dehors des caractéristiques purement stylistiques, Michel Gondry, avec Soyez sympa, rembobinez !, invite les spectateurs à reconsidérer leur statut. Les personnages, ne disposant plus des films originaux puisqu'ils ont été effacés, doivent donc faire appel à leur mémoire. Le suédage revêt un aspect mimétique, c'est un remake mais par remémoration. Il induit une forme de lecture spécifique : il faut choisir ce qui sera cité ou non tout en saisissant l'univers référentiel d'un film. Il faut réfléchir à ce que l'on a vu et travailler sur ses qualités d'observation. Ce mode de réalisation rappelle évidemment l'époque où il était difficile de visionner plusieurs fois un film. Ici, l'image devient à nouveau rare et instable, car elle passe par le prisme de la mémoire. Dès lors, les spectateurs sont donc tous de potentiels cinéastes. Michel Gondry démontre avec le suédage que tout le monde peut réaliser, il suffit d'avoir une caméra, qu'il s'agisse d'un téléphone portable ou d'un appareil photo, et d'utiliser son propre environnement. Aucune formation n'est nécessaire car c'est en pratiquant que les cinéastes amateurs apprennent. Michaël Bourgatte, docteur en Sciences de l'information et de la communication, précise également que le suédage permet de désinhiber l'acte de création : « Pour impulser ce désir décomplexé de cinéma chez les individus, [Michel Gondry] cherche surtout à lever la barrière des contraintes techniques et à ouvrir la voie à un bricolage cinématographique assumé. 1 » Dans la continuité de la sortie en salle de son film, Michel Gondry présentait «L'Usine de film amateur » au Centre Pompidou à Paris, en 2011. Cette fabrique permettait à un groupe de confectionner un court métrage en trois heures de temps. Les participants géraient d'un bout à l'autre la fabrication de leur film. Ici encore l'absence de prétention pédagogique était revendiquée : on ne transmet pas de savoir puisque le protocole est accessible par la pratique. Dans cette idée, Michel Gondry se rapproche du « Maître ignorant 2, » décrit par Jacques Rancière. En effet, en commentant l'expérience effectuée par le pédagogue Joseph Jacotot, le philosophe français pose la question de l'égalité dans la transmission du savoir. Il se positionne contre l'explication qui place la relation enseignant/élève dans une verticalité entre celui qui détient le savoir et celui qui ne l'a pas. Cette relation ne peut émanciper, car elle assigne les individus à un statut. L'émancipation est possible lorsque les individus s'expriment à égalité donc sans verticalité enseignant/élève. Dans le cadre du suédage, il s'agit donc de devenir soit même cinéaste en reprenant des manières de faire mais où chacun fabrique ses propres outils. Il n'est donc plus question de professionnel, ni d'amateur mais de cinéastes.

Consommer autrement : un cinéma collectif

En inventant le suédage, Michel Gondry propose également une forme de résistance face à une industrie cinématographique qui fait de ses œuvres des marchandises. Dans Soyez sympa rembobinez !, les VHS présentes dans le film sont anachroniques et mettent en lumière le fait que les personnages vivent à l'écart du marché économique. Les vidéos commerciales sont utilisées comme supports. Les films étant effacés, les VHS servent à enregistrer les films suédés. Les personnages se les approprient totalement (le support VHS et le film). Mais cette appropriation connaît une certaine limite et les studios hollywoodiens luttent avec acharnement pour leur « copyright ». Les films suédés seront écrasés par un bulldozer, évoquant les majors voulant protéger leur industrie. Après avoir appris le mécanisme de la réalisation en reprenant les films des studios hollywoodiens, les personnages se détachent de leur modèles et créent un scénario original tout en préservant leur style. Ils deviennent ainsi des artistes, mais ne se cantonnent pas à ce statut. Une nouvelle industrie est mise en place, elle est maîtrisée par et pour la communauté.
Dans Soyez sympa, Rembobinez ! un faux documentaire sur Fats Waller est en effet réalisé par des membres du quartier de Passaic, Thomas Waller, surnommé « Fats » en raison de sa corpulence, était un pianiste, organiste et compositeur de jazz. Dans le film de Michel Gondry, le gérant du vidéo-club, Elroy Fletcher, affirme qu'il serait né dans le quartier, ce qui est une contre-vérité puisqu'il vient de New York. C'est donc un Fats Waller imaginaire qui est représenté dans ce documentaire. A l'instar des personnages du film, le musicien reprenait des musiques populaires qu'il transformait avec ironie et de manière improvisée. Ce faux documentaire est présent dans la première et dans la dernière séquence du long-métrage. De fait, il a réellement été tourné par les habitants de la ville, durant quatre jours, peu avant le début du tournage officiel. Michel Gondry y expérimente l’autogestion d’un groupe. Expérimentation qu'il reprendra ensuite dans le projet « Usine de film amateur ». Tout en proposant une réflexion sur des pratiques amateurs, des pratiques «populaires », Le film Soyez sympa, Rembobinez ! et le projet l'Usine ont l'un et l'autre pu bénéficier, à titre d'espaces de diffusion, de lieux dédiés aux pratiques établies : la salle de cinéma et le musée. Ces institutions confèrent une certaine visibilité aux oeuvres et attirent des publics variés. Au sein même du film Soyez sympa, Rembobinez !, différents niveaux d’expérimentations se dégagent : le film dans le film permet d'extraire un style et Michel Gondry applique son concept au sein même du long-métrage puisque les réalisateurs de ce faux documentaire sont réellement les habitants du quartier. La séquence finale les rassemble au vidéo-club où ils se retrouvent pour visionner le documentaire auquel ils ont participé : Fats Waller was Born Here. Les personnages transforment la boutique en un véritable lieu de projection ; elle ne ressemble plus à un vidéo-club. Alors que le film devait être visionné initialement sur un écran cathodique, il est remplacé par un projecteur. L'écran de télévision destiné à un usage individuel est remplacé par un écran de cinéma. Les spectateurs lui tournent littéralement le dos, au profit d'une vision collective. L'effervescence de l'installation laisse place à la projection et aux réactions réelles des habitants du quartier. L'alternance des plans rapprochés avec des plans d'ensemble, rattache continuellement l'individu au collectif. « L'Usine de film amateur » applique également ce concept : les spectateurs deviennent réalisateurs. Ici le scénario est original et les spectateurs / réalisateurs / acteurs / techniciens suivent d'un bout à l'autre la conception de leur film. Le film Soyez sympa, Rembobinez ! et « L'Usine de film amateur » sont des outils d'expérimentations dont chacun est libre de se saisir et de s'approprier.
Et si derrière sa première ambition d'inviter les amateurs à la réalisation d’un film, Michel Gondry revendiquait autre chose ? Il précisait encore récemment, pendant le Monde festival : « Avec ce projet, je voudrais permettre à chacun de concevoir son divertissement plutôt que de le consommer 3 » Et en effet, c'est une autre manière de « consommer » le cinéma à travers un cinéma communautaire, qu'il met également en avant. Cette idée il la défend depuis les années 1980. En effet en emménageant à Paris en 1983, il découvre des cinémas de quartier abandonnés. Il rêve dès lors d'en acquérir un, afin de projeter des films réalisés par les habitants du quartier. Un endroit pour montrer et partager des œuvres issues d'un espace particulier. Son idée utopique était qu'un film en induirait un autre, notamment grâce à l'argent collecté à chaque projection. Dans son quatrième film, Dave Chappelle’s Block Party, réalisé en 2006, cette intention était déjà présente, mais cette fois-là à travers une pratique venant du jazz. Ce documentaire suit durant l'été 2004 l'humoriste américain Dave Chappelle qui désire reprendre le concept des block parties et en organiser une dans un quartier de Brooklyn. Les block parties sont des fêtes de quartier au cours desquelles un musicien invite les habitants à danser dans leur rue. Le parallèle entre les block parties et Soyez sympa, rembobinez ! est évident. Derrière ces concepts, on trouve une même ambition fondamentalement sociale. En effet, dans les années 1930 à Harlem, ces fêtes étaient organisées pour payer des loyers trop chers. Ces block parties seront évoquées et même rejouées dans Soyez sympa, rembobinez !, puisque l'une des figures de proue de ces manifestations fut Fats Waller en personne. La projection du film réalisé par les habitants du quartier devait servir à récolter des fonds pour sauver le vidéo-club. L'humain et le collectif sont donc au centre de ce dispositif.

Le suédage démontre que les statuts que l'on assigne aux créateurs, les professionnels d'un côté, et les amateurs de l'autre, s'entrecroisent et que si une distinction devait être proposée, elle s'établirait alors sur la question du collectif et du social. L'amateur doit revendiquer sa totale liberté, il n'a de compte à rendre à personne et peut créer pour le plaisir sans avoir besoin de plaire à un public particulier. Il peut également s'ouvrir aux autres et contourner le système mis en place, en devenant un moyen alternatif de la consommation de l'art. Michel Gondry propose des outils de création que les spectateurs-créateurs peuvent se saisir pour apprendre puis s'en détacher. C'est la possibilité de s'exprimer sans entrer dans un système de réalisation professionnelle. Si ce projet peut sembler utopique, il reste réalisable car il laisse la liberté de prolonger ses expérimentations sans contrainte budgétaire ni jugement extérieur.

  • 1  Michaël Bourgatte, « Notes sur le cinéma social de Michel Gondry » in Celluloid, mars 2013, lien
  • 2 Jacques Rancière, Le maître ignorant, Paris, Fayard, 1987
  • 3  « Le Monde festival » Le Monde, 5/07/17, lien

Regards portés aux marges

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